Listening point 1
The text
Ô toi reine sans visage
La lumière vive de l’histoire
Accompagne tes pas ondulés
Ô toi au voile de soie souillée
Sur ta belle chevelure enflammée
Dans les sentiers d’argile
Sur les pavés mouillés
Œdipe et Electre t’attendent
Pour t’habiller
Nue face au crépuscule
L’ambre te baptise
Derrière les rues
Tu voyages avec les oiseaux
Et le bel effroi dans tes mains
Tu cours tu cours
Tu cherches un endroit ou te poser
Ni la plaine ni le lac de la cité antique
Te calmeront
Tu ramasses les cris et les pleurs
Pour les fleurs prochaines
Qui repoussent
Au coeur du tonnerre assoiffé
Pour raconter l’histoire
Tu reviens chaque saison
Toi reine au collier de paons
Tu interroges la terre
Et déchiffres tous les alphabets
Tu inventes une barque sur le parvis
Le chemin n’a pas disparu
Et le soleil s’amuse à brouiller les routes
Les âges les temps
Il est la pourtant là dans toutes les histoires
Le soleil
Il est là et il brûle
Le cuivre et l’étain
L’étoile et la couronne de pierres noires
Que les dieux auront laissées
Quel est ton nom
Toi femme de chair de sang
Tu déplies l’histoire
Sous tes doigts
Tu cours tu cours derrière l’été
Avec les blés
les ombres et les murailles
les frontières et la mer agitée
Et les cratères de la cité éternelle
Tu cours derrière l’été
Essoufflée et le paysage
Tu cherches ton nom
Sous chaque pierre
Comment t’appelles-tu déjà
Une vielle cartographie s’invite
Dans le récit
Mais quel récit avant la ville
Quel récit avant ta voix
Quelle cathédrale monte vers le ciel
Quelle avenue de pierres
Chante l’averse
C’est ici chez toi
Dans les couloirs du monde
Quand l’été fait trembler les lampes sous la terre
C’est ici chez toi
Quand la terre nue
S’unit à la galaxie lointaine
Entends-tu les cloches
Et le bruissement des vignes
Entends-tu le chant des sirènes
Qui tisse le destin
Et libère ton souffle
C’est l’arrière-saison qui humecte habite deplie les pages
Junon
C’est la terre qui remonte dans ta gorge
Rouge coquelicot
Comme le sang tombé
Sur les murs du temple
Est-ce la vaine bataille des hommes
Que l’on entend
Ou ton cri de femme délaissée
Est -ce la trahison des navires du vent
Qui déplace les jardins
Ou la maison inondée
Par la lave de la veille
Tu as tous les âges
Toi reine sans visage
Tu es toutes les mémoires
Tu ne connais pas le sommeil
Dans ce récit qui recommence
Dans ce corps en fragments que tu portes
Les mots te dépècent
Toutes les terres antiques se retrouvent ici
Toutes les mers antiques y retrouvent un abri
(…)Extrait de La reine de Gabi court derrière l’été
Marianne catzaras
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